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CRISTINA FALLARÁS : Escribo desde abajo, desde la mitad desplomada / J’écris d’en bas, de la partie effondrée de l’Espagne

536583-rebondsespagneL’écrivaine espagnole Cristina Fallarás raconte son expulsion pour y survivre. Elle détaille l’angoisse d’être broyée par un système absurde qui préfère sauver des banques (avec de l’argent public!) plutôt que des personnes prises dans une spirale de dettes pour pouvoir se loger, se nourrir ou s’habiller. Combien de suicides suite à un avis d’expulsion faudra -t-il encore pour faire réagir le gouvernement? Combien de logements vides à force de spéculer et combien de familles à la rue sont-ils nécessaires pour comprendre l’injustice de cette situation? Il ne s’agit pas de suicides mais bien d’ homicides… 

fallaras_corte1La escritora española Cristina Fallarás relata su expulsión para poder sobrevivir a ella. Narra la angustia de ser masticados por un sistema absurdo que prefiere salvar bancos (con dinero publico!) que personas arrastradas en una espiral de deudas para poder alojarse, comer o vestirse. Cuantos suicidios después de un aviso de expulsión van a hacer falta para que el gobierno reaccione? Cuantas viviendas vacías a costa de especular y cuantas familias en la calle son necesarias para entender la injusticia de esta situación? No son suicidios, son homicidios…

http://www.liberation.fr/monde/2013/07/17/j-ecris-d-en-bas-de-la-partie-effondree-de-l-espagne_918998

Je m’appelle Cristina Fallarás et je suis devenue l’expulsée la plus médiatisée d’Espagne. J’aurais préféré parler d’autre chose, mais l’époque et le pays imposent ce genre de sujet. Le mardi 13 novembre de l’an dernier, à 19 h 40, quelques heures avant le début de la deuxième grève générale de l’année en Espagne, un individu de la 20e chambre de Barcelone a sonné à la porte de mon appartement de la place Universidad. On entendait déjà les hélicoptères de la police, et les pétards des premiers piquets de grève qui mettaient toujours chez nous un petit air de fête. A l’instant précis où mon fils Lucas a ouvert la porte et dit «Maman, c’est un monsieur», j’ai cessé, je ne sais pas encore pour combien de temps, d’être écrivaine, journaliste et éditrice, pour devenir une expulsée qui pouvait témoigner par écrit, et argumenter devant une caméra. Un récit en direct, à la première personne, c’est pratique et ça fait mouche. La Sainte Trinité du journalisme : objet, sujet et analyse, trois en une.

Maintenant, lecteur, imaginez un terrain aussi grand qu’un pays, une surface genre pampa.

Arrêtez tout et allez-y, imaginez.

On y est ? Bon, alors regardez cette crevasse énorme, implacable et brutale, comme creusée par l’ongle d’un dieu déchirant la terre, elle coupe cette surface en deux. De la crevasse émane une haleine glacée, celle des Parques. Regardez encore : non moins soudainement une de ces deux parties (décrétons, pour des raisons sentimentales, qu’il s’agit de la partie gauche) s’effondre dans l’abîme et s’immobilise, suspendue dans le noir, entraînant tous ses habitants dans sa chute, stupéfaits, ahuris. Et rongés par la culpabilité.

L’autre partie de cette terre que vous avez imaginée, et que nous appellerons Espagne, est restée en haut, craignant d’encourir le même sort, l’attendant même, mais sous une forme moins grave : coupes claires dans les domaines de la santé, de l’aide sociale, des droits récemment acquis par les femmes, baisses de salaire… Leur mécontentement est compréhensible. Mais, en moins de temps que n’a mis le pays à déclarer que sa démocratie était aussi indestructible que frimeuse, les habitants du bloc effondré se sont vus privés de tout. Pour les rognures dont on a privé ceux d’en haut, ils donneraient volontiers santé et avenir.

J’écris d’en bas, de la moitié effondrée. Il y a tellement longtemps que je vis dans le noir que mes yeux se sont habitués à cette obscurité, et je distingue nettement les nouveaux arrivants. En 2009 et 2010, deux millions de travailleurs ont rejoint les rangs des chômeurs. Ceux-ci ne touchent plus rien, l’allocation n’étant accordée que pour deux ans en Espagne. Et depuis 2011, des centaines de milliers de licenciés nous rejoignent. Nous les voyons tomber, nous leur faisons de la place. Nous savons, eux comme nous, que c’est inévitable.

D’ici, on distingue à peine ceux qui sont restés en haut, il faut faire un effort de mémoire. Nous savons comment ils vivent, ce qu’ils mangent, ce qu’ils achètent, comment ils s’habillent et se déplacent, parce que nous y étions encore il y a peu. Mais la misère impose ses oublis, et je crois que cela nous sauve un peu. Ceux d’en haut, en revanche, ne nous regardent pas. Ils ne le peuvent pas. Il reste les journalistes, les informateurs qui essaient en vain de raconter la pauvreté, les expulsions, le pourquoi de ce suicide. Comment le pourraient-ils ? Si on ne vous a jamais coupé l’électricité, l’eau, ou les deux, votre idée de la misère, c’est du toc. Voilà pourquoi je peux vous être utile aujourd’hui. C’est l’expulsée qui raconte.

Bien sûr, je suis étonnée d’être là, en bas. Une expulsion est une procédure très longue qui commence par un licenciement, mais qui vous prend de court : comme si vous vous retrouviez tout nu. Tout nu, au cœur de cette grande avenue qu’on parcourait à l’aube en taxi, écroulés de rire, éméchés. Tous les jours, vers 6 heures du matin, la radio de ma table de chevet s’allume, et une expression me balance un coup de poing et me propulse sous la douche : gagner sa vie. La vie, tu ne l’as pas, en effet, tu dois la gagner. Et si tu ne gagnes pas ta vie, tu la perds ? Et tous les jours ça me cueille par surprise, toute nue.

J’avais écrit «cela peut arriver à n’importe qui». J’avais écrit «mes enfants vivent sous le seuil de pauvreté». Et le 25 janvier 2012, dans le journal El Mundo, j’avais aussi écrit «je suis à louer».

«Femme caucasienne de 43 ans, journaliste, écrivaine et éditrice. Taille : 1,69 m, 60 kilos, rousse décolorée, yeux bleus. Etudes universitaires, vingt-cinq ans de carrière journalistique et d’expérience professionnelle dans quatre journaux espagnols, quatre chaînes de radio et trois de télévision. Six livres publiés, dont quatre romans. Trois ont été primés. Expérience dans l’organisation de rédactions, d’équipes de travail, de campagnes de communication, de création de pages web, de préparation du pot-au-feu madrilène et de lectures de Gil de Biedma. Capacité pour écrire, disserter sur la littérature, la politique, l’économie, la cuisine, le sexe, la violence, l’édition, la famille et ses difficultés, le chômage, le crime, le syndicalisme et les peines, au sens large.

Elle est à louer pour : penser, s’occuper d’une maison, même si cette mission inclut la récolte des choux. Ecrire toutes sorte de textes, fiction ou pas, correspondance comprise. Mission qui implique que je renonce à la signature si on l’exige […]. Sortir les animaux ou les personnes, de préférence les personnes. Ce service inclut la conversation. Préparer des actions d’obéissance ou de désobéissance publique ou privée.

Tout service qui vous intéresse et qui ne figure pas dans cette liste sera étudié avec bienveillance.

Tarifs à négocier. Si intéressé, s’adresser à cristinasealquila@gmail.com. Pour coït, fellation, strip-tease ou assimilé, s’abstenir.»

La plupart des réponses, en dépit de mes injonctions, étaient des demandes de services sexuels, parfois très imaginatifs. Mais presque personne n’a pris ma proposition au sérieux. Pourtant elle était vraie, comme tout ce que j’écris et publie dans le journal. Elle était vraie comme le courant coupé un mois plus tard, aussi vraie que les pièces de monnaie comptées pour acheter le lait du petit déjeuner. Mais ce genre de choses, il faut les avoir vécues pour les comprendre, pour en être conscient. Moi, je croyais être consciente, et pourtant l’avis d’expulsion que m’a remis ce type, m’a fait l’effet d’un bloc de glace qui a activé un ressort en moi et m’a mobilisée. Nue et terrifiée, mais : il faut énoncer. Enoncer la peur, formuler l’angoisse, raconter la culpabilité.

Je m’appelle Cristina Fallarás, l’expulsée qui raconte, et exactement quatre ans avant ma décision de raconter, par un matin tiède de novembre, à 10 heures, précisément le lundi 17 novembre 2008, le directeur du journal dont j’étais la sous-directrice, m’a licenciée. Enceinte de huit mois. A ce moment-là, l’Espagne avait 2 500 000 chômeurs – nous trouvions que c’était une horreur, quelle dérision -, et les augures les plus perspicaces prédisaient que cette crise larvée se prolongerait jusqu’en 2010, peut-être jusqu’au début 2011. Allons donc, répondions-nous en chœur, une crise ne peut pas durer aussi longtemps ! Le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero parlait de «premiers bourgeons», qu’on avait touché le fond et que tout allait bientôt refleurir. Peu après, le socialiste injecterait des milliards d’euros dans les banques espagnoles. De l’argent public.

C’est par là qu’a commencé mon expulsion. Par mon licenciement. Dans le courant du mois de novembre dernier, El País a licencié 129 journalistes. Je me rappelle avoir pensé : chair à expulsion, allons, descendez, il y a de la place. En tant que vétéran, je sais quelles sont les étapes à venir. A savoir : première étape. J’ai de la valeur, je suis une grande professionnelle. J’ai mes indemnités, une jolie somme, et mes allocations de chômage. Au moins un an et demi. Je prends deux mois pour souffler et avaler la couleuvre. La première étape dure au moins un an.

Deuxième étape. J’arrive en fin de droits, nous n’aurions pas dû faire ce voyage. Nous allons rogner sur la nourriture, les vêtements. Priorité aux enfants : qu’ils ne s’aperçoivent de rien. Je dois monter quelque chose, un cabinet de consultation, une petite entreprise, une agence de communication. Je vais investir ce qui reste de mes indemnités pour assurer l’avenir de ma famille. Salopards de politiciens. La deuxième étape couvre toute la deuxième année.

Troisième étape. Les enfants, pas de vacances cette année. Chéri, on liquide la voiture. Ah, merde, l’argent du chômage n’a pas duré longtemps. Désormais, uniquement les marques les moins chères, et le riz à volonté pour les adultes, mais pas de vêtements. La petite entreprise n’a encore rien donné, comment pourrait-elle être rentable en quelques mois ? Et si je n’étais pas une si bonne professionnelle ? Et pourquoi mon compagnon ne trouve-t-il pas de boulot ? Il se laisse aller, peut-être. J’ai besoin de cachets. Si je croise un politicien dans la rue, je lui casse la gueule. Ou alors c’est l’employé de ma banque qui écopera. Si on m’appelle encore pour le retard du loyer, j’explose. Il me faut des cachets. La troisième étape couvre les deux premiers tiers de la troisième année.

Quatrième étape. J’ai besoin de cachets plus costauds. Des mois de retard pour payer le loyer, l’eau, le gaz. La banque ne me répond plus. Chéri, la viande, c’est pour les enfants. On dirait que je vieillis plus vite que l’éclair ! Plus personne ne m’appelle. Je descends au supermarché, toi, occupe la caissière pendant que je cache le dentifrice et des lames de rasoir sous ma veste. La quatrième étape s’achève par l’expulsion. Ce qui restera de vous relève désormais de la statistique.

Revenons sur cet instant où tout a basculé. «Maman, c’est un monsieur.»Pendant que les hélicoptères ajoutent leur bande-son à la grève générale imminente, que je pose les paperasses du tribunal sur une table et m’apprête à écrire un article pour le site d’El Mundo – il faut raconter, énoncer est une nécessité, énoncer nous sauve -, destiné à mon blog, mais qui a occupé la page d’accueil pendant trop longtemps, toute la journée. Il s’intitulait «Mon expulsion est arrivée».

Le matin, quand je travaille seule à la maison, je n’ouvre pas la porte. Les portes du matin ouvrent toujours sur de mauvaises nouvelles. Mais les portes de 19 h 40 amènent en général des amis ou un voisin.

Quand je me retrouve face au type sur le palier, je sais ce qui l’amène.

«Je vous apporte une notification du tribunal.

Sous son bras droit, une liasse épaisse. Sa main gauche me tend un papier.

– C’est l’ordre d’expulsion ?»

Je l’attends depuis un certain temps, depuis que la banque m’a dit que si je voulais savoir où en était mon crédit je n’avais qu’à contacter les services juridiques. Quand on entend la banque parler de «services juridiques», on sait que l’affaire a été transmise à un secteur où les termes sont différents. C’est une sensation qui rappelle celle des adolescents quand ils sont confrontés aux «affaires des grands». Ils devront les vivre. Ils les entendent, mais l’essentiel leur échappe.

«Heu, plus ou moins – le type hésite. Vous devez vous présenter au tribunal et signer ça.

– Et si je ne signe pas ?

– Ça reviendra au même.

On entend les premiers pétards qui chauffent une grève générale qu’un esprit éclairé, a qualifiée de «grève politique», comme s’il pouvait en être autrement.

– Les enfants, filez au salon.»

Je signe tout et je m’empare de la liasse. Tribunal de première instance numéro 4, Barcelone, 111, Gran Via de les Corts Catalanes. Procédure d’exécution de la garantie hypothécaire xxx/2012 Section 2 C. Partie requérante Banco Bilbao Vizcaya Argentaria, SA. Procureure Irene Sola Sole. Partie débitrice Cristina Fallarás Sánchez. Les noms du requérant et de la procureure sont écrits en majuscules, le mien en minuscules.

Et soudain Facebook et Twitter sont pris de folie, les radios et les télévisions aussi, et tout le monde me cherche. Le téléphone sonne. C’est le producteur d’une émission du soir. Un maximum d’audience.

«Salut, Cristina, nous avons lu ton histoire et nous voudrions t’inviter à l’émission, au débat.

– Je suis justement à Madrid pour participer au festival Eñe de littérature.

– Il faudrait que tu sois au studio à 8 heures du soir.

– C’est impossible, je finis ma table ronde à cette heure-là. En réalité, tout est difficile, car en plus je n’ai pas de billet…

– Peu importe. On t’envoie un taxi, on te paie une nuit d’hôtel, je t’expédie un billet.»

J’arrive dans les studios de la chaîne privée. On me fait asseoir avec deux couples. Le plus âgé a dans les 70 ans. Elle s’inquiète pour sa coiffure et lisse sa robe d’un geste nerveux, elle est de l’autre côté de l’écran devant lequel elle passe des heures et des heures d’une retraite qu’elle avait imaginée paisible. Son mari, un homme qui, malgré son embonpoint imposant et son teint rougeaud de mâle rural incrusté dans la ville, n’existe plus. Par la suite, je verrai une larme discrète couler sur sa joue.

Du côté du couple plus jeune, l’homme a la quarantaine depuis un bout de temps, la femme doit avoir cinq ans de moins. Sur leur visage, l’émotion de se retrouver dans un studio de télévision, un lieu presque divin, se mêle à leur air ébahi.

«Nous sommes expulsés, m’explique l’homme avec son accent andalou. D’abord, on nous a expulsés de chez nous, et maintenant on va expulser mes parents, parce qu’ils étaient les garants de l’achat de notre appartement – d’un mouvement de menton il montre le père. Leur appartement, où ils ont vécu toute leur vie. On se retrouve tous les quatre à la rue, avec les petits. La seule chose qui nous reste c’est ça, passer à la télévision.»

J’ai un choc à l’estomac. Et un choc à la tête. Qui déborde dans les yeux. Soudain, je ne sais plus ce que je fais là, avec ces quatre personnes dont le malheur me semble tellement étranger. «La seule chose qui nous reste, c’est ça.» Comment expliquer que nous ne sommes pas du tout embarqués dans le même bateau ? Comment expliquer cette envie nauséeuse de m’enfuir, d’appeler un taxi, de rentrer chez moi ?

Je cherche désespérément une hôtesse de l’émission. J’ai besoin de savoir qu’on ne va pas m’asseoir sur le sol du précipice absolu, au bord duquel pendent les jambes de ces personnes qui me regardent en se demandant pourquoi je suis venue. Jusqu’à présent, je n’ai pas vraiment compris ce que j’étais. Et le doute me prend : serais-je une expulsée ? Serais-je au nombre de ces centaines de milliers de personnes qui n’ont plus rien ? Est-ce la raison qui m’a amenée jusqu’à cette banlieue madrilène ?

«Excusez-moi, mademoiselle, pouvez-vous me dire ce que je suis venue faire ici ?dis-je à l’hôtesse.

Dans ma voix, un brin d’irritation mal contenue. La jeune fille me regarde avec étonnement.

– Mais… participer au débat ! Vous prendrez place à côté d’untel et d’untel, qui expriment leur opinion et…»

Je me méprise de me détendre, je me battrais, mais je me détends. Je suis une expulsée, comme tant d’autres. Mais je peux encore raconter, et cela me sauve. Et après, quelquefois, je vomis.

Traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

http://www.revistaanfibia.com/cronica/la-desahuciada-que-narra

Me llamo Cristina Fallarás y me he convertido en lo que podríamos denominar la desahuciada mediática española. Aunque preferiría hablar de otra cosa, entiendo que estos tiempos y estas tierras exigen estos temas y que frivolidades como un gemido, del placer que sea, estarían mal vistas. El pasado martes 13 de noviembre, a las ocho menos veinte de la tarde, pocas horas antes de que arrancara en España la segunda huelga general de este año, un tipo del juzgado XX de Barcelona llamó a la puerta de mi piso de la Plaza Universidad. Ya se oían afuera los helicópteros de la policía y los petardos de los primeros piquetes animaban la sensación festiva que siempre trae consigo, en casa, una huelga general. En el momento exacto en el que mi hijo Lucas abrió la puerta y dijo Mamá es un señor, dejé, no sé aún por cuánto tiempo, de ser una escritora, periodista y editora, para convertirme en una desahuciada capaz de narrarlo por escrito, de contarlo argumentado ante una cámara. Un testimonio en primera persona directa resulta muy cómodo y de lo más impactante. Periodismo, por lo visto, de santísima trinidad, objeto, sujeto y análisis, una y trina.

Ahora, usted, lector, imagínese una superficie de terreno tamaño país, una superficie más bien pampa.
Pare aquí y hágalo.
¿Ya?
Bien, entonces observe cómo una enorme, implacable y violentísima grieta, una grieta como de la uña de dios rascándose la tierra, parte esa superficie por la mitad, de punta a punta. De la grieta mana un aliento helado, flor de parca. Y entonces atienda a cómo, de golpe también, una de las partes (vamos a convenir por razones sentimentales que la parte izquierda) se desploma hacia el abismo hasta frenar suspendida en lo negro. Con esa parte caen todos sus habitantes, evidente, misernautas desnudos, boquiabiertos, apabilados. Y bañados en culpa.
Una de las partes de esa tierra que ha imaginado, y que llamaremos España, ha quedado arriba, con cierto miedo a correr la misma suerte que su otra mitad, incluso con la certeza de que va a suceder, pero con cambios mínimos: recortes en sanidad, en atención social, en derechos recientemente adquiridos por las féminas, supresión de algunas pagas, bajada de sueldos… O sea, limaduras del bienestar que en condiciones óptimas resultarían irritantes. Su descontento es comprensible. Luego, los habitantes del bloque desplomado, en un tiempo menor del que tardó el país en declarar que su democracia era tan indestructible como jacarandosa, se han visto privados de ABSOLUTAMENTE TODO. Por las limaduras que han saltado del bienestar que permanece arriba, estos entregarían sonrientes salud y futuro.

Escribo desde abajo, desde la mitad desplomada. Hace ya tanto tiempo que vivo en lo negro que mis ojos se han acostumbrado a esta oscuridad y distingo con claridad a los recién llegados. Si de los seis millones de parados que anuncian a la vuelta de la esquina, quitamos los tres que ya no tienen nada, quedan otros tres millones de ciudadanos que poco a poco irán perdiendo un subsidio que en España puede durar un máximo de dos años. Entre 2009 y 2010 se fueron al paro dos millones de trabajadores. Esos ya no cobran nada. NADA. Ahora empiezan a caer entre nosotros los cientos de miles de despedidos entre 2011 y 2012. Como en España hace mucho tiempo que no se crea empleo, vamos viéndolos caer y les hacemos sitio. Sabemos, ellos y nosotros, que es inevitable.Desde aquí casi no se ve a los que han quedado arriba, es necesario un ejercicio de memoria. Sabemos cómo viven, qué comen, qué compran, cómo visten y se mueven porque hace poco estábamos ahí. Pero la miseria impone sus olvidos, y creo, no podría asegurarlo, que eso nos salva un poco. Los de arriba, en cambio, no nos miran. No pueden. Quedan los periodistas, los informadores, que tratan en vano de narrar la pobreza, los desahucios, el porqué de este o aquel suicidio. ¿Cómo podrían? Nadie que no haya eliminado carne y pescado de su dieta diaria puede. Si no te han cortado el suministro de luz, o de agua, o ambos, tu idea de la miseria es de plástico perfumado. Por eso yo ahora les sirvo. La desahuciada que narra. Me sorprende estar aquí abajo, claro. Un desahucio es un proceso larguísimo que arranca en el despido, y sin embargo te sorprende en pelotas. Vivir en pelotas es una idea aproximada de todo esto. En pelotas y en el centro de la gran avenida aquella que recorrimos en taxi, muertos de la risa, ebrios ya de madrugada. Cada día, hacia las seis de la mañana, se enciende la radio de mi mesilla de noche y, pese a que he intentado evitarlo con métodos no siempre saludables ni siempre legales, una expresión me arrea el puñetazo que me lanza a la ducha: Ganarse la vida. La vida no la tienes, en efecto, te la tienes que ganar. Y si no te ganas la vida, ¿qué sucede?, me pregunto con los ojos llenos de jabón de cuarta. Que la pierdes. Si no te ganas la vida, la pierdes, ¿no? Es así de simple. Cada día igual, cada día simple, y cada día me pilla, de nuevo, en pelotas. Yo había escrito “Esto puede pasarle a cualquiera“. Había escrito “Mis hijos viven por debajo del umbral de la pobreza“. Y el 25 de enero de 2012, en periódico El Mundo, también escribí “Me alquilo”.
“Mujer caucásica de 43 años, periodista, escritora y editora. 1,69 de estatura, 60 kilos, pelirroja de bote, ojos azules. Con estudios universitarios, 25 años de carrera periodística y experiencia laboral en cuatro diarios españoles, cuatro cadenas de radio y tres de televisión. Seis libros publicados, de los cuales cuatro novelas, de las cuales tres premios. Experiencia en el montaje de redacciones, equipos de trabajo, campañas de comunicación, páginas web, elaboración del cocido madrileño y recitado de Gil de Biedma. Capacidad para escribir/conversar de literatura, política, economía, cocina, sexo, violencia, edición, familia y sus dificultades, desempleo, crimen, sindicalismo y penas, en sentido lato. Se alquila para: Pensar. Cuidar haciendas. Incluso si este cometido incluye recogida de berzas. Escribir cualquier tipo de texto, de ficción o no ficción, correspondencia incluida. Este punto incluye renunciar a la firma si así se solicita y se abona. Recitar cualquier tipo de texto de ficción o no ficción para cualquier tipo de público.
Leer cualquier tipo de documento, de ficción o no ficción. Este servicio incluye un resumen oral de lo leído, y uno escrito si fuera requerido. Cenar con familiares o compañeros de empresa. Este servicio incluye llevar el peso de la conversación si así se requiere. Elaborar actuaciones o simulacros. Pensar/diseñar equipos de trabajo o esparcimiento. Pensar/diseñar espacios de trabajo o esparcimiento. Escuchar penas, alegrías, desesperaciones, descabellos, frustraciones y/o dudas. Este punto incluye silencio y, si fuera requerida, opinión. Cocinar cualquier plato para el cual se le suministren los ingredientes necesarios. Pasear animales o personas, preferiblemente personas. Este servicio incluye conversación. Proyectar acciones de obediencia o desobediencia pública o privada. Cualquier servicio de su interés que no conste en esta lista será amablemente contemplado y respondido.
Responde al nombre de: Cristina. Tarifas a convenir. Interesados, dirigirse a:cristinasealquila@gmail.com
Personas que requieran coito, felación, estriptis o similares, abstenerse.”

Y llegaron respuestas. La mayoría, pese a mis indicaciones, con demanda de servicios sexuales, algunos incluso muy imaginativos. Casi nadie, sin embargo, se tomo en serio mi oferta. Y era cierta, como todo lo que escribo y publico en el diario. Era tan cierta que al mes siguiente nos cortaron la luz, tan cierta como que contábamos monedas para la leche de los desayunos. Pero estas cosas tienes que haberlas vivido para entenderlas y creerlas, para ser consciente.
Yo, creía, era consciente y, sin embargo, cuando el pasado día 13 de diciembre, a las ocho menos veinte de la tarde aquel tipo colocó en mi mano la notificación de desahucio, una sensación nieve de culpa, un bloque helado cayó a peso muerto sobre algún resorte. Y me puso en movimiento. Desnuda y aterida, pero:
Hay que enunciar.
Enunciar el miedo, formular la angustia, narrar la culpa.Me llamo Cristina Fallarás, la desahuciada que narra, y exactamente cuatro años antes de este echarme a enunciar, a las diez de una mañana tibia de noviembre, exactamente lunes 17 de noviembre de 2008, el director del diario en el que yo ejercía de subdirectora, ADN, dependiente del grupo Planeta, me despidió. Embarazada de ocho meses. En aquel momento, España tenía 2.500.000 parados –nos parecían una barbaridad, qué risa— y los más agoreros amenazaban con que esa crisis balbuceante llegaría hasta 2010, quizás hasta principios de 2011. Qué va, contestábamos a coro, cómo va una crisis a ser tan larga, jajaja. El Gobierno de José Luis Rodríguez Zapatero hablaba de brotes verdes, de que se había tocado fondo ya y la cosa empezaba a florecer. Faltaban poco para que el socialista inyectara decenas de miles de millones de euros a los bancos españoles. Dinero público.
Ahí empezó mi desahucio. En el despido. Y con qué frivolidad sucede, se toman esas decisiones. A mediados del pasado mes de noviembre El País despidió a 129 periodistas. Recuerdo que pensé Carne de desahucio, vengan para abajo que tenemos sitio. Como veterana –los despedidos en 2008 fuimos unos 800.000, no mucho en comparación con lo que ha venido luego, fuimos los primeros—, sé cuáles son los pasos que seguirán. A saber:
Paso 1. Yo valgo mucho, yo soy una gran profesional. Tengo me indemnización, un buen pico, tengo mi subsidio de desempleo. Al menos año y medio. Me tomo un par de meses para descansar y digerir el sapo.
El paso 1 dura algo menos de un año.
Paso 2. Se me está acabando el paro, no tendríamos que haber hecho aquel viaje. Vamos a cambiar las marcas de jabones, de alimentos, de ropa. Lo primero son los niños: que no noten nada. Tengo que montarme algo, una consultoría, una empresita, un despacho de comunicación. Voy a invertir lo que me queda de la indemnización en construirnos algo de futuro a mí y a mi familia. Puñeteros políticos.
El paso 2 abarca todo el segundo año.
Paso 3. Niños, este año no hay vacaciones. Cariño, nos quitamos el coche. Carajo, hay que ver que poco ha durado lo del paro. Sólo las marcas más baratas, el arroz a granel, para los adultos: nada de ropa. La empresita no tira todavía, ¿cómo va a funcionar en unos meses? Parece que los créditos pasaron a la Historia. ¿Y si no soy tan buen profesional? ¿Y por qué mi pareja no encuentra nada de trabajo? A ver si se está relajando. Necesito pastillas. Si me cruzo a un político por la calle, le parto la jeta. Y si no, al empleado de mi banco. Como vuelvan a llamar por el retraso en el pago del mes, reviento. Necesito pastillas.
El paso 3 coincide con los dos primeros tercios del tercer año.
Paso 4. Necesito otras pastillas, más fuertes. Meses ya de retraso en el pago del piso, del agua, el gas. El banco ni me contesta, que llame a los servicios jurídicos me dicen. Cariño, la carne para los críos, yo con algo de pasta estoy lista. ¿Me lo parece a mí o estoy envejeciendo como el rayo? Ya no nos llaman aquellos. Ni los otros. Yo bajo al supermercado, tú distraes a la cajera, y me meto bajo la chaqueta la pasta de dientes y unas cuchillas de afeitar.
El paso 4 acaba en el desahucio. Lo que quede de ti ya es estadística. Vuelvo al momento en el que todo cambió. Mamá, es un señor. Los helicópteros poniéndole banda sonora a la huelga general inminente. Yo dejando los folios del juzgado sobre una mesa y sentándome a escribir una columna para el diario El Mundo.es –hay que narrar, enunciarlo es necesario, enunciar nos salva— que iba destinada a mi blog de la sección Ellas y acabó como noticia de portada durante demasiado rato, todo el día. Se titulaba “Llega mi desahucio”.
Por las mañanas, cuando trabajo sola en casa, no suelo abrir la puerta. Las puertas de la mañana siempre abren malas noticias. Pero las ocho menos veinte de la tarde suelen traer amigos o un vecino al que se le ha caído un calcetín.
En cuanto enfrento al tipo del rellano sé lo que ha llegado.
—Le traigo una comunicación del juzgado.
Bajo el brazo derecho lleva un paquetón de folios, calculo que unos 300. Con la izquierda me tiende un papel.
—¿Es la orden de desahucio?
Llevo ya algún tiempo esperándola, desde que el BBVA me comunicó que si quería saber algo de mi hipoteca me pusiera en contacto con los servicios jurídicos. Cuando una oye en la oficina bancaria “servicios jurídicos” sabe que las cosas han pasado a un lugar en el que se manejan otras palabras, otros términos. Es una sensación similar a la que provocaban “las cosas de los mayores” en la primera adolescencia. Tendrás que vivirlas, vas a oírlas, pero lo esencial se te va a escapar.
—Bueno, más o menos —el tipo titubea—. Tiene usted que presentarse en el juzgado y firmarme esto.
—¿Y si no lo firmo?
—Le va a dar igual.
A lo lejos se oyen los primeros petardos, calentando una huelga general que alguna lumbrera, ya me da igual de qué partido, ha calificado de “huelga política”, como si hubiera alguna huelga que no lo fuera. Qué sabrán.
—Niños, id tirando hacia el salón.
Firmo. Total Firmo y agarro el paquetón de folios. Juzgado de Primera Instancia 4 Barcelona. Gran Via de les Corts Catalanes, 111. Procedimiento Ejecución Hipotecaria xxx/2012 Sección 2C. Parte demandante BANCO BILBAO VIZCAYA ARGENTARIA, S.A. Procurador IRENE SOLA SOLE. Parte demandada Cristina Fallarás Sánchez.
Me detengo a pensar que el nombre del demandante y de la procuradora están escritos en mayúsculas y el mío, en minúsculas.

Y de repente facebook y twitter enloquecidos, y las radios y las televisiones enloquecidos, y todo el mundo buscándome.
Suena el teléfono. Es el productor del gran programa nocturno, máxima audiencia.
— Hola, Cristina, que hemos leído lo tuyo y querríamos invitarte al programa, a la tertulia.
— Justo me encuentro en Madrid para participar en el Festival Eñe de literatura.
— Tendrías que estar en el estudio a las 8 de la tarde.
— No creo, será imposible, acabo la tertulia a esa misma hora. En realidad es difícil todo, porque además no tengo pasaje…
— No importa nada. Te ponemos un taxi, pagamos otra noche de hotel, te mando un nuevo billete.
Llego a los estudios del canal privado hacia las ocho de la tarde. Me sientan a esperar junto a dos matrimonios. El hombre y la mujer mayores rondan los setenta. Ella está algo preocupada por su pelo y se alisa la falda nerviosa, tan fuera de lugar, al otro lado de la pantalla que seguramente le acompaña a diario, horas y horas de una jubilación que imaginó muelle. Su marido sencillamente no existe. Es un hombre que pese a estar ahí, grueso, rotundo, con el aire enrojecido de los machos rurales incrustados en ciudad, pese a todo eso, queda claro que ya no existe. Aunque, después, veré cómo una lágrima suave le recorre la mejilla de cera.
El hombre del matrimonio más joven ha entrado en la cuarentena hace tiempo, ella debe ir cinco años por detrás. En sus rostros la emoción de encontrarse en los estudios de televisión, algo cercano a dios, se mezcla con un aire de pasmo.
— Somos desahuciados —me explica el más joven con dejo andaluz— . Primero nos echaron a nosotros de la casa, y ahora echarán a mis padres, porque ellos fueron quienes avalaron la compra de nuestro piso –un gesto con la cabeza hacia el padre de cera—. Con su piso, el de toda la vida. Nos vamos los cuatro a la calle, con los críos. Lo único que nos queda es esto, venir a la televisión.
Sucede algo dentro de mi estómago.
Luego sucede algo dentro de mi cerebro.
Después me llega a los ojos.
De golpe no sé qué hago allí, entre esas cuatro personas de cuya hondísima desgracia me siento tan lejos. “Lo único que nos queda es esto”. ¿Cómo explicar que no, que no estamos en el mismo barco? ¿Cómo explicarme esa necesidad con náusea de salir huyendo, llamar a un taxi, volver a mi casa, llorar sobre las hojas del limonero del patio, este año generoso en limones?
Busco desesperada a una de las azafatas del programa. Quiero saber, necesito saber que no me van a sentar en la tierra del precipicio absoluto de cuyo borde cuelgan las piernas de esas personas que me miran sin entender a qué he venido. Hasta ese momento no he tenido claro qué soy, qué significa aquello que ha echado a andar con la narración de mi hielo en la puerta de casa. Y en ese momento, dudo: ¿Soy una desahuciada? ¿Soy una entre los cientos de miles de personas a los que ya no les queda NADA? ¿Es eso lo que me ha traído hasta este extrarradio madrileño?
— Perdone, señorita, ¿me puede explicar qué he venido yo a hacer aquí? — le digo a la azafata.
Mi voz vibra sobre una irritación algo violenta. La chavala me mira con asombro.
— Pues a la tertulia, ¿no? Usted se sentará en esta silla, junto a tal y tal y tal, que opinan y…
Me desprecio por relajarme, me daría de hostias, pero me relajo.
Soy una desahuciada, sí, una de tantísimos. Pero aún puedo narrar, y eso me salva.
Luego, sólo a veces, vomito.

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This entry was posted on 25 September 2013 by and tagged , , , .
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