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Traductions français /espagnol / langue des signes : activisme, désobéissance civile, féminismes, Queer, éducation, décroissance etc. / Traducciones español / francés / lengua de signos : activismo, desobediencia civil, feminismos, Queer, decrecimiento, educación etc.

Sophie LALANNE, Une éducation grecque: rites de passage et construction des genres dans le roman grec ancien / una educación griega : ritos de pasajes y construcción de los géneros en la novela griega antigua.

PortadaDespués de un largo descanso vacacional ya ha llegado la vuelta al cole, y hacemos un regreso literario con la presentación de la reseña publicada en “Encrucijadas, revista critica de ciencias sociales”  del libro de Sophie Lalanne titulado “Una educación griega : ritos de pasajes y construcción de los géneros en la novela griega antigua.” Esta obra ha sido objeto de una interacción y de una reflexión enriquecida por otras lecturas, La Dominación Masculina de Bourdieu especialmente, y se concretizó en la redacción de un artículo que toca cuestiones sociológicas, filosóficas y libertarias. Tanto las inquietudes feministas como la voluntad de difundir mas allá de las fronteras nos han reunido en este trabajo a dos voces. Considerando la reflexión sobre la dominación que propone este libro escrito en francés, que no tiene traducción en castellano, nos ha parecido importante compartirla.

Reseña en castellano en Encrucijadas numero 5 : MUJER, GÉNERO Y FEMINISMO: pincha  Aqui

 

000356593Après une longue pause estivale, l’heure de la rentrée a sonné (en France depuis un moment déjà), et c’est une rentrée littéraire que nous allons faire avec la présentation de la critique publiée dans “Encrucijadas, la revue critique de sciences sociales” du livre de Sophie Lalanne intitulé “Une éducation grecque: rites de passage et construction des genres dans le roman grec ancien.” Cet ouvrage a été l’opportunité d’une interaction et d’une réflexion enrichie par d’autres lectures, la “Domination Masculine” de Bourdieu plus spécifiquement, et cela s’est concrétisé par la rédaction d’un article qui traite de questions sociologiques, philosophiques et libertaires. Les préoccupations féministes tout comme la volonté de diffuser au delà des frontières nous ont réunies dans ce travail à deux voix. Etant donné la réflexion sur la domination que propose ce livre écrit en français non traduit à l’espagnol, il nous a paru important de la partager.

Traduction de la critique en français:

Cet ouvrage de Sophie Lalanne, publié en 2006, présente cinq romans écrits à différents moments de la Grèce antique depuis une perspective qui analyse le genre . Les héroïnes de ces romans ont souvent été considérées comme des femmes “libérées” ou “libres”, mais l’auteur nous démontre qu’il s’agit uniquement d’un procédé littéraire. En effet, plus il y a de distance entre ce que les héroïnes sont (indépendantes, audacieuses, actives…) et ce qu’elles doivent devenir (prudentes,patientes, passives…) plus l’effet sur le lecteur sera efficace. A partir de cette observation, Lalanne consacrera son livre à étudier la construction des genres dans ces récits et quelles ont été leur influence et leur constance tout au long de l’histoire de la littérature occidentale. L’analyse effectuée dans cet ouvrage peut être abordée par une mise en abyme de trois regards. En premier lieu, le regard sur les histoires elles-mêmes, c’est à dire ce qu’elles décrivent, ce qu’il y a en jeu dans ces récits comme la construction du genre et l’éducation par exemple. En deuxième lieu, le regard sur la fonction de ces romans qui n’est pas de dénoncer le statu quo mais plutôt de le conforter. Il s’agit de d’illustrer la construction et les rites de passage des rôles féminins et masculins en créant un espace de catharsis permettant que ces normes soient socialement acceptées. Et en dernier lieu, le regard sur comment et pourquoi ces modèles se perpétuent au travers des histoires et à travers l’Histoire.

Selon l’auteur, ces romans constituent les premiers exemples d’une longue tradition littéraire qui a traversé l’époque médiévale, moderne et contemporaine dans laquelle trois types d’initiation caractéristique peuvent être identifiés: le mariage hétérosexuel, l’exil et diverses épreuves conçues pour façonner les protagonistes à leur condition d’âge et de sexe. Au travers de ces épreuves, les rôles de genre s’assument et se reproduisent. L’âge et le genre apparaissent ainsi comme les deux variables qui divisent la société grecque (suivant la hiérarchie entre les adultes et les enfants,  et entre les hommes et les femmes). C’est à l’âge adulte que les différences de genre s’accentuent et prennent de l’importance, la domination par l’âge va donner lieu à la domination par le genre. L’analyse des romans se concentre justement sur le point de rencontre de ces deux coordonnées. C’est dans ce croisement que se joue la transcendance des rites de passage incarnant le processus destiné à donner une apparence naturelle à une propriété de nature sociale. Ces rites se divisent habituellement en trois phases. La première est la séparation: quand les protagonistes partent, ils sont enfants et quand ils rentrent ils sont devenus adultes. La deuxième phase s’accomplit par l’exil: la vulnérabilité et la solitude des personnages hors de leur cadre culturel est caractéristique de cette phase. Tandis que les femmes doivent maintenir intacte leur virginité et donc s’échapper et fuir, les hommes, eux, doivent perdre leur virginité, lutter et faire front. Enfin la dernière phase consiste à l’approbation par la nouvelle communauté de sexe et d’âge à leur retour. Il s’agit par ailleurs bien d’une société patriarcale puisque ce sont les pères qui donnent leur consentement et leur reconnaissance à la transformation au travers d’une cérémonie. La narration se concentre sur les rites de passage comme procédé de la construction du genre. Selon le sociologue Pierre Bourdieu (1998), la consécration rituelle permet la dimension symbolique de la domination masculine. Dans ces romans, nous pouvons observer comment les rites de passage garantissent et permettent les changements de statuts. Ils décrivent l’initiation féminine et masculine, la transformation de la personnalité des héros et ils rééquilibrent les rôles sexuels afin qu’ils soient conformes aux normes. L’intrigue du roman se trouve dans le développement de sa trame et non dans son dénouement. L’intention des auteurs n’est pas de remettre en question la construction des genres même si ils la mettent en évidence au travers des histoires, mais sans le vouloir ils dévoilent plutôt quelque chose de plus profond c’est à dire les dispositions spontanées partagées par les auteurs et les lecteurs. Ces dispositions conformes à l’ordre social constituent les ressorts sur lesquels la force symbolique s’appuie. Les auteurs tout comme les lecteurs partagent les “schémas de perception, d’appréciation et d’action qui sont constitutifs des habitus et qui fondent, en deçà des décisions de la conscience et des contrôles de la volonté, une relation de connaissance profondément obscure à elle-même.” (Bourdieu, 1998: 58). Cette expérience de la division des sexes apparaît être dans l’ordre des choses, elle recouvre le monde social et ses divisions, elle apparaît comme étant naturelle et pour cela totalement légitime sans aucune nécessité de la justifier. Ainsi ces romans reflètent des mécanismes profonds qui s’accordent avec des structures cognitives et sociales renforçant l’ordre masculin. Ils invoquent le principe symbolique de la domination, une domination connue et reconnue par l’auteur et le lecteur. C’est ainsi que ces romans permettent la dimension symbolique de la domination au niveau de l’imaginaire collectif.

L’usage de cet imaginaire dans les romans est rendu possible par la complicité des auteurs et des lecteurs dans la domination symbolique qui les transcende. De cette manière, si dans un récit une femme fait preuve de force et d’intelligence, cela ne signifie pas, comme cela a pu être interprété, que les femmes sont reconnues comme égales aux hommes, mais que, comme l’explique Lalanne, cela permet d’alimenter l’intrigue tant cela apparaît comme une contradiction évidente, pour l’auteur comme pour le lecteur, qui menacerait l’équilibre social. Une telle situation serait un sacrilège. Les romans grecs anciens mettent donc en scène la domination masculine qui s’exerce sur les corps féminins et masculins, ils la rendent visible, ils la rendent spectaculaire par le biais des aventures. L’emphase des  rites de passage décrits dans les romans renforce l’effet de régularisation sur le lecteur, il contribue à rendre plus socialement acceptable la domination masculine et il garantit son “éternisation” (1). Ces romans sont un des mécanismes “responsables de la déshistoricisation et de l’éternisation relatives des structures de la division sexuelle”.(Op.Cit.) puisqu’ils montrent comme naturels et acceptables la domination symbolique.

C’est pourquoi ces récits ont non seulement pour objectif d’illustrer l’éducation grecque mais aussi à leur tour d’éduquer la société grecque, de rendre acceptable voire nécessaire cette éducation pour l’équilibre social. L’apprentissage n’est pas seulement au cœur du roman mais il est aussi destiné au lecteur. Ces romans sont les pionniers des romans d’éducation. Selon Lalanne, les auteurs appartiennent à l’élite politique, économique et culturelle grecque. C’est pourquoi ils ont tout intérêt à perpétuer les schémas de perception et de comportement qui maintiennent leur propre domination(2). Cette éducation illustrée dans les romans contribue à éterniser la subordination. Ces ouvrages qui sont passés de la Grèce à Rome, puis à la culture occidentale actuelle mettent l’accent sur la perpétuation de la logique de domination. Il est donc fondamental d’identifier tout au long de l’Histoire les mécanismes de naturalisation utilisés par l’idéologie patriarcale, entre autres les romans présentés dans cet ouvrage ou les discours de l’offensive néolibérale. La naturalisation de l’historique arbore la condition “naturelle” des femmes et les réduit aux travaux de soins affaiblissant toute une lutte historique et des avancées sociales rudement obtenues. Ce regard sur la construction des genres dans l’antiquité grecque que nous propose Lalanne répond à des préoccupations sur la condition des femmes dans la société actuelle et cela nous convoque à défendre une posture plus que jamais critique face à la restriction des libertés et des droits des femmes justifiée par une politique de coupes budgétaires.

(1): “Rappeler que ce qui, dans l’histoire, apparaît comme éternel n’est que le produit d’un travail d’éternisation…c’est réinsérer dans l’histoire, donc rendre à l’action historique, la relation entre les sexes que la vision naturaliste et essentialiste leur arrache.” (Bourdieu, 1998: 8)

(2): “Les dominés appliquent des catégories construites du point de vue des dominants aux relations de domination, les faisant ainsi apparaître comme naturelles.” (Bourdieu, 1998: 55)

Ana I. Casado Bosc
(Universidad Complutense de Madrid)
Stéphanie Papin

Bibliographie: 

BOURDIEU, Pierre. 1998. La domination masculine. Editions du Seuil.

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